Mercredi 29 avril 2009 3 29 /04 /Avr /2009 13:28

Dans la série de docs « Paris vu par… » de la Nouvelle Vague, réédité récemment par Les Films du Losange, vous trouverez, aux côtés de la Place de l’Etoile d’Eric Rohmer et du Montparnasse et Levallois de Jean-Luc Godard (pour ne citer qu’eux), le Gare du Nord de Jean Rouch. 

Dans ce film, on découvre un jeune couple, Odile et Jean-Pierre, qui discute autour de la table du petit-déjeuner. Odile n’est pas contente de sa petite vie étriquée dans ce quartier populaire de la capitale ; elle rêve de voyages, d’évasion, de beaux habits et de beaux quartiers. Jean-Pierre, lui, se contente avec modestie de son quotidien, de son petit boulot et de son appart Gare du Nord. La discussion qu’ils ont autour de leur lieu d’habitation est l’occasion pour Odile de se questionner sur ses sentiments envers Jean-Pierre.


Morceau choisi de scénario :


Odile pousse un peu Jean-Pierre dans la salle de bain pour pouvoir y accéder elle aussi.


Odile : « Tu vois, ce qu’il y a de terrible dans le mariage, c’est qu’on ne peut pas s’isoler. Tu n’as plus de mystère pour moi. Quand je t’ai connu, je ne savais rien de toi, je pouvais tout imaginer. Maintenant, je connais toutes tes qualités, tous tes défauts, je peux prévoir toutes tes réactions. Quand il n’y a plus de mystère, tu crois qu’il peut encore y avoir de l’amour ?
 

Jean-Pierre : Mais j’te comprends pas. Moi c’est exactement le contraire : plus je te connais, plus je t’aime. Justement, même tes petits défauts… C’est pas ça… Si tu réfléchissais un petit peu au lieu de croire les bêtises que tu lis dans les magazines, au lieu de rêver à la Grèce, à Tahiti… J’t’assure que si tu réfléchissais, tu comprendrais, et que tu ne serais pas si malheureuse que ça. »


Qui a tort, qui a raison ? Le fait de connaître plus et mieux l’autre a-t-il tendance à générer plutôt de l’amour ou plutôt de la lassitude ? Plutôt un renforcement ou plutôt un étiolement du lien amoureux ?


La psychanalyse a montré comment c’est le manque qui crée le désir. Quid des liens entre désir et amour ? Peut-il y avoir l’un sans l’autre, dans un sens ou dans l’autre ? Aime-t-on forcément ce que l’on désire ? Désire-t-on forcément ce que l’on aime ? Quid des liens également entre désir et érotisme ?


Je me questionne sur la capacité du quotidien à tuer l’érotisme. A moins que ce ne soit sur ma capacité à moi à tuer l’érotisme au quotidien ? :-( J’ai l’impression que dans toutes mes histoires, le désir a toujours fini par s’étioler… Faute de quoi, d’ailleurs ? L’a-t-on laissé mourir faute d’amour ou bien est-il mort faute d’envie ? Peut-on imaginer un érotisme « tranquille », sans artifice et sans grotesquerie pseudo-affriolante, compatible avec une certaine forme d’« authenticité » et de « confort » au quotidien ? Un truc où il n’y aurait pas de rôle à jouer, sans costume d’écolière ni oreilles de bunny-bunny, où le désir n’aurait pas forcément à être suscité, mais adviendrait presque naturellement, du simple fait justement de la connaissance en profondeur que permettrait le fait d’être et de vivre ensemble. Mais est-ce bien possible ? Amour et désir / quotidien et désir sont-ils compatibles ? Comme le pose très bien Odile : quand il n’y a plus de mystère, peut-il encore y avoir de l’amour ???


Ah la la ! C’est compliqué tout ça…

Par Ephedra - Publié dans : Hommes/Femmes, célibat: mode d'emploi
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08/01/09 - Lu (et bien aimé) le tome 1 des Chroniques de l'asphalte de Samuel Benchetrit, pendant la nuit. Parfait pour une heure d'insomnie. Ambiance urbaine, métallique des cités, bien résumée dans ces quelques mots: "ici le ciel ne dégage pas une lumière naturelle, c'est autre chose, comme un éclat chimique." Un côté un peu dark mais pas glauque, parce qu'il y a aussi vachement de tendresse, d'amour et d'humour. L'écriture est très alerte, vive. Elle a la poésie du slam. M'a donné envie de lire le tome 2.   

09/01/09 - Ai pas résisté. Tome 2 lu, et autant aimé. Même verbe gouailleur mais ambiance différente, moins métallique. On n'est plus dans les cités, on est à Paris. Quelques textes désopilants, qui m'ont fait hurler de rire (c'est une image; par contre ce n'en est pas une de dire que j'ai effectivement ri pour de vrai en lisant certains passages), d'autres plus tendres, d'autres un peu plus "gros", mais bon, dans l'ensemble, si vous avez envie de passer une heure de lecture sympa et sans prise de tête, c'est une découverte que je vous recommande! Par contre, gare à la frustration, parce que vu la manière dont les titres sont annoncés, je pensais que les 5 opus avaient été écrits, or il n'en est rien. Nous n'en sommes qu'au tome 2, et il va falloir attendre que sorte le 3ème.

A noter aussi les dessins de couverture magnifiques commis par Lou Doillon, et, info people, je ne savais pas que Samuel Benchetrit avait eu une relation avec Marie Trintignant avant Bertrand Cantat. Comme quoi, la littérature mène à tout, même aux potins! ;-)



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