S’habitue-t-on à la solitude ?

Publié le par Ephedra

Depuis plusieurs semaines que je me lamente de mon célibat, bonne (?) nouvelle : j’ai l’impression que je m’habitue à la solitude. Bonne nouvelle avec un point d’interrogation, car je ne sais pas comment je dois interpréter cet apaisement, voire presque ce plaisir que je peux parfois avoir, depuis quelques temps, à être seule.

 

Je vous renvoie à un échange que j’avais avec Jean-François sur son blog. Il se posait la question de savoir si l’homme est un animal de meute, fait pour vivre en groupe ou pas. De fait, ce qui fait l’homme, c’est la société. « On ne naît pas homme, on le devient » a dit Erasme. Et on le devient par la fréquentation des autres.

 

Par définition, l’homme serait donc plutôt un animal de meute, puisque c’est dans sa nature d’être un être de culture, mais après, comme je le disais à Jean-François, je ne peux pas m’empêcher d’avoir une certaine forme d’admiration pour ces handicapés du lien social qui se suffisent à eux-mêmes, qui vivent « dans leur monde », totalement par et pour eux. Et je ne parle pas que des psychotiques avérés, non, trop facile, je parle aussi et surtout de ces égoïsmes extrêmes, de ces égocentrismes hypertrophiés, qui font que certaines personnes arrivent effectivement, pour de vrai, à se contrefoutre des gens qui les entourent. Je les envie. Moi, je ne pourrais pas vivre sans les autres… Par contre, il semblerait que je puisse de mieux en mieux vivre sans un autre…

 

De la même manière que chez Hesse (dans Le loup des steppes) et chez Nabokov (dans La défense Loujine - merci Luc !) la solitude conduit presque à une psychopathologie du lien social, peut-elle conduire aussi à une psychopathologie du lien amoureux ? Si l’on admet que l’amoureux est inclus dans le social, et que, d’une certaine manière, le social est aussi à l’œuvre dans l’amoureux, on peut penser que oui, même si la démonstration mériterait que l’on s’attarde sur les particularités que peut présenter le lien amoureux en tant que lien social. En quoi en est-il un ? Dans quelle mesure est-il aussi autre chose ? On pourrait donner des pistes de réponse sur la part de conditionnement social et la part d’expression subjectale à l’œuvre dans un choix amoureux - l’un ne s’élaborant pourtant pas indépendamment de l’autre et inversement. Mais bon, tout ça pour dire que l’on peut donc imaginer des gens qui aient des liens sociaux mais pas amoureux. On vit dans le social, avec les autres, mais pas dans ce lien là. Par incapacité ? Par choix ? Les motifs varient selon tout un chacun.

 

J’ai toujours pensé – et ça m’effraie un peu parfois – que je ferais une bonne prisonnière – pas parce que j’ai des prédispositions à être enfermée, non, mais parce que j’ai en revanche des capacités plastiques certaines. Plastiques, bien sûr, dans son sens premier relatif à la mise en forme. Caméléon du quotidien, je crois en effet que je serais capable de m’adapter à presque toutes les situations, ce qui, spontanément, a tendance à être plutôt un avantage, certes, sauf que du coup, je ne ferai jamais changer les choses. Je suis plutôt du genre de ceux, finalement dangereux, capables de supporter et de rendre supportable l’insupportable, au lieu de tout envoyer valser. Je me dis parfois avec des frissons dans le dos, qu’enfermée dans un baraquement pendant la guerre, j’aurais sûrement aidé mes camarades de chambrée à tenir le coup, à égayer les soirées les plus noires, à rendre leur quotidien plus supportable, mais donc à les envoyer sans sourciller vers une fin inéluctable. Je n’aurais pas eu – et je crois que ce n’est même pas une question de courage, mais presque de « réflexe » plutôt peut-être, la réaction spontanée de fomenter une évasion. Profondément une « adaptatrice », pas une révolutionnaire… :-(

 

Tout ça pour dire que, de la même manière que je me serais peut-être résignée à mon sort de prisonnière, je crois que je me suis habituée à mon statut de célibataire. Je continue à faire des choses et à voir du monde bien sûr, mais je crois que j’ai renoncé à « trouver quelqu’un » comme on dit. L’expression est nulle, ça fait un peu « fille en manque qui cherche à se caser coûte que coûte » alors que dans les faits, c’était quand même plus subtil et personnalisé que cela, je vous rassure ! Il n’y a pas d’aigreur ou d’amertume, ni de misanthropie là-dedans, simplement le constat, calme et réfléchi, d’un renoncement, et partant d’un apaisement. Enfin !... :-)

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jp 24/03/2009 20:56

vivant dans un pays profondément latin+chrétien, je vois bien comment la tradition du mariage ( = acte économique destiné à organiser la transmission de la propriété) est formelle et a tordu une réalité biologique dans la société traditionnelle.
il y a des solitudes à deux, des poids de silences à deux qui font de la vie seule socialisée un hall de gare aux heures de pointe

Ephedra 24/03/2009 23:01


C'est joliment dit, mais sûrement horrible à vivre... Ca me rappelle cette phrase de Sacha Guitry qui revient souvent dans les papillotes Révillon(!), et qui dit un truc du genre "j'ai quitté
ma femme le jour où j'en ai eu marre d'être seul" (quelles références, je sais! ;-) 


L............uC 19/03/2009 10:27

La solitude, c'est l'impossibilité de vivre seul.
(Jean Yanne)
ps: ah! Loujine, je suis content que tu l'aies lu! vive Nabokov!