Les couleurs du printemps

Publié le par Ephedra

« Ah, ben ça fait plaisir de voir toutes ces couleurs ! » Je me retourne pour voir à qui elle parle. A moi. Le manque d’habitude, encore. Je suis chez Etam, et la vendeuse qui encaisse commente mes achats : trois tops - un rose fuchsia, un jaune citron et un vert émeraude. Je donnerais cher pour que ma copine Evelyne ou que mon collègue Johann soit là. La première, qui me connaît depuis des années, parce qu’elle ne s’est toujours pas remise de me voir mettre de la couleur ; le second, qui me connaît depuis beaucoup moins longtemps, parce qu’il se plaint toujours que je ne mets que des couleurs ternes. Le pauvre, s’il savait d’où je viens !

 

Pendant pas loin de 10 ans, je me suis habillée exclusivement en noir. Toujours en noir et en jupe, jamais de pantalon. Comment j’en suis arrivée là ? D’abord parce que fondamentalement et pour toujours, j’aime le noir. Je trouve que c’est une couleur chaude, classe et profonde. Celle aussi qui me va le mieux, à moi qui ai la peau claire et les cheveux noirs. Pendant des années, quand tout le monde me demandait pourquoi je m’habillais toujours en noir, je répondais « parce que j’aime ça », mais j’ajoutais aussi régulièrement qu’on ne demande pas à une blonde aux yeux bleus pourquoi elle s’habille toujours en bleu, tant il semble évident que c’est parce qu’elle assortit ses vêtements à ses yeux. Pourquoi les choses seraient-elles différentes avec le noir ? De par la place particulière qu’il a, en tant que couleur ou « non couleur » dans notre société ? Certes oui, mais bon, au bout d’un moment, il faudrait quand même intégrer qu’on peut aussi porter du noir sans être gothique ou en deuil.

 

J’ai donc commencé à mettre du noir parce que je trouvais que c’était une couleur qui s’accordait à mon physique, mais de plus en plus il est devenu plus que cela, comme une carapace, quelque chose qui me protégeait, à tel point qu’il y a eu toute une période où je ne pouvais plus mettre que du noir. Là on n’était plus dans le choix esthétique, mais bel et bien dans une incapacité psychologique à porter autre chose. J’avais l’impression que la couleur me dissimilait au regard des autres, quand, avec le recul, je me rends compte que d’une certaine manière, c’était peut-être le contraire. Je vous passe les détails sur le rapport à mon corps, trop gros, que je voulais cacher, quand « objectivement » je pesais à peine 48kgs pour 1m63.

 

C’est entre autre pour cela que je ne mettais pas de pantalon, et surtout pas de jean : parce que je me trouvais trop grosse.

 

Dans le Elle de cette semaine, il y a un bout d’interview de Juliette Gréco, à l’occasion de la sortie de son nouvel album. « Au Japon, on m’a demandé pourquoi je m’habillais en noir, couleur de la protection pour les Japonais. Justement, pour protéger mon corps car j’ai toujours pensé que j’étais laide. »

 

Et puis un jour (je vous passe les années d’analyse !), grâce à l’insistance de la petite vendeuse du corner Comptoir des Cotonniers du Printemps de Lyon, que je ne remercierai jamais assez, j’ai osé acheter mon premier jean. Un pantalon ! Et bleu en plus ! La patience et le tact dont elle a dû faire preuve pour m’assurer et me rassurer que non, ça ne faisait pas gros, et que oui, ça m’allait très bien. Je me souviens, c’était en 2005, et cela devait faire 10 ans que je n’avais pas fait d’achat de ce genre.

 

Quelques temps plus tard, j’ai déménagé de Lyon pour Paris. Je me suis coupé les cheveux (je vous raconterai une autre fois dans quelles circonstances) et à partir de là, j’ai commencé à porter de plus en plus de jeans, mais dans un premier temps toujours avec un haut noir. Cela a duré longtemps comme ça, puis peu à peu, des marrons et des kakis ont fait leur apparition, puis des gris et des bleus, et plus récemment des roses poudrés et des parme délicats. Toujours dans des tons très nuancés cependant, rien de vif, mais pour moi, cela a quand même été une grande révolution.

 

Nouvelle révolution depuis quelques semaines, donc : j’ose désormais les couleurs franches - le vert émeraude, le bleu turquoise et le rose fuchsia. Dit comme ça, ça fait un peu folklore polonais, mais en réalité, savamment assorti avec du noir (encore et toujours !) ou justement dosé avec un jean, force m’est d’admettre que le résultat de ces couleurs flashy est plutôt sympa. J’ai encore le regard critique sur la balance et sur mon corps, mais j’apprends que si je ne m’aime pas, personne ne le fera à ma place...

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Hécate 09/11/2009 12:56


Bien plaisant à lire !!!!Je porte du noir...et je varie la couleurs de mes ongles !!!!des accessoires. ...On ne se trouve rarement à son goût...Trop grosse??? Allons donc!!!:) Et ,moi trop petite
!!!!


jp 24/04/2009 22:38

on va voir les photos ?

Ephedra 27/04/2009 23:49


Ah ah!... Qui sait?... Peut-être! ;-)))