Déviants et dévieurs

Publié le par Ephedra

Dans Stigmate, dont j’ai déjà parlé ici, Erving Goffman se livre à une réflexion sur l’exclusion. Il appréhende notamment ceux qui n’entrent pas dans la norme à partir d’une distinction que je trouve intéressante : celle entre dévieurs et déviants.

 

Goffman réserve le terme de dévieurs à ceux qui, bien que n’y répondant pas, reconnaissent la norme de la société qui les exclut ; les déviants, eux, ne reconnaissent pas cette norme-là. Les premiers souhaiteraient pouvoir intégrer la société mais sont rejetés par elle. Les seconds ne souhaitent de toute façon pas être intégrés, et se marginalisent d’eux-mêmes. « Les membres des communautés déviantes qui ne se soucient guère d’être ou non acceptés par la société ne sauraient être appréhendés en termes de stigmate. » Pour qu’il y ait stigmate, il faut donc qu’à la base, il y ait aussi une volonté d’intégration de la personne, et c’est dans la mesure seulement où cette volonté est contrariée par la réponse que lui apporte la société, qu’il y a stigmate. Dit autrement, le déviant, sa marginalisation, il la choisit. Le dévieur, lui, il la subit : il ferait tout pour rentrer dans les cases, mais ce sont les cases qui ne veulent pas de lui…

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