Le dîner de cons

Publié le par Ephedra

Vous avez tous vu ce film de Francis Veber dans lequel Pierre Brochant (interprété par Thierry Lhermitte) organise avec ses amis des dîners de cons. Le principe est simple : trouver des cons, les réunir autour d’un dîner, et concourir à celui qui aura amené le meilleur. Cela implique donc de définir au préalable ce qu’est un con. Même si, selon Pierre Brochant, il existe des critères de définition très objectifs, ces derniers ne sont jamais clairement exprimés. A partir du personnage de François Pignon (interprété par Jacques Villeret), élu con de grande catégorie, on peut néanmoins formuler quelques hypothèses sur ce qu’est un con. Ce qui fait que l’ami de Pierre Brochant le remarque comme tel dans le TGV où il fait sa connaissance, c’est d’abord la passion de Pignon pour la reproduction en allumettes des « plus grands chefs d’œuvre du génie civil » (la Tour Eiffel, le Pont de Tancarville…). C’est à partir de ses maquettes et de la manière enthousiaste dont il en parle, qu’il va être catalogué comme con. Les autres exemples de cons qui sont donnés dans le film (un collectionneur de louches et un passionné de modélisme) n’ont pas la personnalité gaffeuse et candide de Pignon, mais en revanche, tous ont en commun avec lui une passion peu ordinaire. Ce serait donc là que résiderait le critère de définition numéro un du con.

 

J’ai beaucoup aimé ce film, qui m’a fait beaucoup rire ; par contre, du départ, j’avais un problème, car les gens qu’on me présentait comme des cons, moi, je les trouvais passionnants, et surtout passionnés. Oui, pour moi, c’était ça leur point commun : chacun avec sa marotte particulière, ils étaient tous tenus par quelque chose qui les habitait. Et moi, non seulement je n’avais pas envie de me moquer d’eux, mais en plus ils auraient eu plutôt tendance à me fasciner.

 

J’ai toujours eu une profonde admiration pour les gens comme ça, qui ont un violon d’Ingres, qui collectionnent les porte-clés ou les étiquettes de boîtes de camembert, et peuvent passer des heures en archives pour faire des recherches sur la justice de paix au XVIIIe siècle dans la bourgade de Trifouillis-les-Oies.

 

Si je vous parle de cela, c’est parce qu’aujourd’hui, je me suis retrouvée à visiter le Conservatoire Nationale du Saumon Sauvage (eh oui !, un truc comme ça, ça s’invente pas !). Sauf qu’au lieu du truc méga-chiant que vous pourriez peut-être imaginer a priori, eh bien cela a été passionnant. Nous avons été reçus par Patrick, le directeur, qui nous a tout dit sur la salmoniculture de repeuplement. Saviez-vous qu’à Chanteuges, en Haute-Loire, là où est situé le Conservatoire, deux millions de saumons sont reproduits chaque année, sur lesquels un million va être relâché dans l’Allier - dont certains en raft dans des coins d’eau vive non accessibles autrement, vous vous rendez compte ?! De là, ils vont entreprendre leur migration jusqu’au Groenland et aux Iles Féroé, et sur ce million de grands voyageurs, environ 500 seulement reviendront se reproduire dans les eaux qui les ont vus naître. Vous vous rendez compte ?! Cinq cents sur un million ! Si ça c’est pas de la perte !...

 

Alors oui, c’est peut-être un petit truc de rien, certes ce n’est peut-être pas aussi profond que la morale transcendantale chez Kant ni aussi hype que les dernières tendances mode vues dans Elle, mais que voulez-vous, moi, c’est le genre de trucs qui me fait tripper, surtout quand la personne en face de moi a les yeux qui brillent quand elle me parle, et que je vois que ce qu’elle me dit la transporte, en même temps qu’elle me fait voyager. Dans le fait de faire partager sa passion à quelqu’un, je vois d’abord et avant tout la notion de partage, de quelque chose de soi que l’on donne à l’autre – d’où l’impossibilité pour moi de rejeter, d’ignorer ou de mépriser ce don, quel qu’il soit.

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jp 28/03/2009 10:55

merci pour ton intérêt
tu appartiens au cercle très restreint de ceux qui sont capables de poser des questions sur les cédrats
qui pourtant était le seul agrume que l'antiquité grecque avait trouvé intéressant avec le citron chez les romains, sans parler des arabes andalous qui en faisaient des confiseries.
C'est le zeste (mais aussi la fleur, et le feuillage) qui est merveilleusement parfumé, il parfume la maison, râpé il a le même usage que le sel, en mieux, c'est un condiment rare - sur le foie gras - tu le mets dans ton broc à eau, dans ton thé (la fleur dans le thé vert grillé),
et surtout tu prends plaisir à le voir.
Ces plantes qui étaient collectionnées à la renaissance,
elles sont aujourd'hui aussi oubliées et condamnées à disparaitre que la lime douce dite "de Palestine", appelée limette méditerranéenne, autre merveille pour tous les sens.
Un jour je cultiverai le cédrat "Pacha de Marrakech" dont on dit la chair délicieuse.
J'y parviendrai.
Merci d'être comme tu es.

Ephedra 28/03/2009 11:37


Merci à TOI...


jp 24/03/2009 23:19

oui, et j'en attend d'autres
tout en rêvant à ceux que je n'ai pas encore

Ephedra 28/03/2009 09:54


Veinard! Et tu en fais quoi? Enfin je veux dire tu les consommes comment???


jp 24/03/2009 11:59

François Pignon a un autre talent pour séduire : il parle belge.
J'avais été bien surpris d'apprendre que les saumons sauvages sont décimés par les maladies des saumons d'élevage - (dont ils fréquente les sites d'élevage),
ce qui est merveilleux est non seulement d'être capable de se passionner pour un domaine qui n'a rien de grand public, mais en plus pour un combat désespéré.
Car la construction avec des allumettes c'est désespérés quand la lutte contre le tabac rend la matière première quasi introuvable, tout comme la survie du saumon dans l'Allier
Regardes, je me passionne pour la culture des cédrats alors que partout on arrache les agrumes, faute d'eau douce, fruits désespérés, depuis qu'on sait qu'ils sont incompatibles avec les médicaments régulateurs de la tension artérielle
faut être con quand même

Ephedra 24/03/2009 22:47


Ah, ben tiens, ça c'est intéressant cette histoire de culture de cédrats! Ce ne sont pas des fruits très courants de par chez nous. Tu en as chez toi?  


Béatrice 23/03/2009 10:32

Moi aussi, au départ, j'ai eu un problème avec le film mais différemment de toi, il a persisté, je n'ai pas aimé ce film du tout. Je l'ai trouvé grossier .

Ibid Norio 22/03/2009 18:55

j'ai découvert par hasard ton blog en rebondissant su celui de ma copine VeroPapillon !
tr sympa !
a+

Ephedra 24/03/2009 22:39


Merci beaucoup! Au plaisir d'une nouvelle visite. :-)