Le Cimetière des Plaisirs

Publié le par Ephedra

Il est, à Lisbonne, un endroit paisible et délicieux ; un lieu enchanteur, dans une ville tout aussi enchanteresse, et cet endroit, c’est un cimetière. Mais pas n’importe lequel… « O Cemitério dos Prazeres », littéralement « le cimetière des plaisirs ». Pouvait-on rêver plus joli nom, pour un cimetière ?

 

Ce qui frappe lorsque l’on entre dedans, c’est l’impression de paix et de tranquillité qui s’en dégage. Mais une paix douce et harmonieuse, rien de morbide là-dedans. L’endroit est tout de chemins pavés, bordés de cyprès et de mausolées, ce qui donne une allure très méditerranéenne au sanctuaire particulier de ce pays bordé par l’atlantique.

 

O Cemitério dos Prazeres est situé en plein centre-ville, au terminus de la ligne de tram numéro 28, pourtant, une fois les portes franchies, on est ailleurs. Il est des endroits comme ça où l’on sent des coupures très nettes, le passage dans un autre monde. C’est particulièrement évident là-bas, avec d’un côté, toute l’effervescence de la ville au-dehors, et de l’autre, sitôt le porche franchi, l’entrée dans un autre univers.

 

A chaque fois que je vais là-bas, je me dis que nul endroit au monde ne me semble plus approprié pour déclamer ces vers de Baudelaire : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté » ou encore « pendant que le parfum des verts tamariniers, qui circule dans l’air et m’enfle la narine se mêle dans mon âme au chant des mariniers ». Parce que du haut du cimetière, on a une vue sur le Tage, ce fleuve que l’on a baptisé la « Mer de Paille » dans son anse lisboète, tant il y est large, calme et doré sous les rayons du soleil. Ainsi, du haut du cimetière, un peu comme à Sète, on contemple la mer.

 

Parler de Lisbonne sans parler de sa lumière serait mentir par omission, donner une fausse image d’elle du fait d’un oubli impardonnable. En fait, c’est un post entier qu’il faudrait consacrer à la lumière à Lisbonne, tant elle magnifie la ville. Dans le cimetière comme ailleurs, elle teinte l’air d’un ambré subtile, qui donne envie de s’atomiser dans l’air, de se répandre en particules dans l’atmosphère pour devenir aussi part du tableau. Moi, en tout cas, c’est ce que je me dis toujours en voyant ces rayons de miel filtrer à travers les arbres pour caresser délicatement les tombes. Me désincorporer dans Lisbonne et rester dans la douceur de ses plaisirs pour l’éternité.

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Hécate 22/02/2014 12:10

Une approche sensible très bien décrite.

L............uC 12/03/2009 09:13

http://www.youtube.com/watch?v=ghdNhD3SDVU&eurl=http://video.google.fr/videosearch?hl=fr&rlz=1T4SKPB_frBE215BE225&ei=ccO4Sc-EFsLA-AbPtbW1BA&resnum=0&q=apr... et beau billet!

Béatrice 12/03/2009 09:12

Je ne connais pas encore Lisbonne...qui fait inévitablement partie de mes destinations futures.
Il existe un livre qui mérite d'être "regardé" et lu c'est: LISBONNE, voyage imaginaire.
par le dessinateur Nicolas de Crécy et Raphaël Meltz.(casterman 2002).
Comme toi, Ephedra, j'aime les cimetières. (rien non plus de morbide)

Ephedra 16/03/2009 22:13


Tu adoreras Lisbonne, Béatrice. Assuré! En plus, je trouve que c'est vraiment une ville à dessiner: la rue, les gens, tout!