La Vague (Dennis Gansel / Todd Strasser)

Publié le par Ephedra

« La Vague » (en allemand "Die Welle") est le titre du film de Dennis Gansel qui sortira le 4 mars 2009 en France. Ce film, adapté du livre éponyme de Todd Strasser, s’inspire d’une histoire vraie qui a eu lieu en 1969 dans un lycée de Palo Alto, Californie. Ron Jones, jeune et brillant professeur d’histoire aux méthodes novatrices et peu orthodoxes, tente d’expliquer à ses élèves la montée du fascisme en Allemagne dans les années 1930. Comment cela a-t-il été possible ? Et comment nier les faits après coup, dire que l’on ne savait pas ? Ne trouvant pas de réponse satisfaisante à leur faire avec des mots, il part du principe que l’on ne peut peut-être vraiment comprendre qu’en faisant soi-même l’expérience de l’endoctrinement et de la pression du groupe. Il décide alors de créer un mouvement au sein de sa classe, « La troisième vague », qui emprunte ses valeurs à l’idéologie nazie, en fondant son pouvoir sur la discipline, la communauté et l’action. Bientôt le mouvement s’étend à tout le lycée. Ceux qui n’y adhèrent pas sont rejetés et l’on est capable de perpétuer des agressions en son nom. Les opposants sont menacés et les sympathisants les plus tièdes n’osent pas s’élever contre. Il aura suffi de cinq jours pour en arriver là. Ron Jones clora l’expérience en pointant à ses élèves comment durant cette semaine, ils ont tous expérimenté à leur échelle ce que cela faisait que de vivre dans l’Allemagne nazie, en termes de peur et de collaboration forcée. En s’appuyant sur leur ressenti vis-à-vis de cette expérience, il leur fera aussi comprendre pourquoi après-coup autant d’Allemands ont nié les choses : la honte d’avoir pu aller aussi loin, d’avoir à ce point renoncé à son libre-arbitre au profit du diktat de certains.

 

« Vous avez échangé votre liberté contre une pseudo-égalité. Mais cette égalité, vous l’avez transformée en supériorité sur les non-membres. Vous avez accepté la volonté du groupe face à vos propres convictions, sans vous soucier de ceux qui en souffraient. […] Nous sommes tous responsables de nos propres actes et nous devons toujours réfléchir sur ce que nous faisons plutôt que de suivre un chef aveuglément ; et pour le restant de vos jours, jamais au grand jamais, vous ne permettrez à un groupe de vous déposséder de vos libertés individuelles. »

 

Même s’il a le mérite d’exister, je trouve qu’à partir d’une expérience aussi originale et aussi éloquente, il est dommage d’avoir tiré un livre aussi « gentillet ». Il s’avale en une paire d’heures, certes, mais il est un peu simpliste, pour ne pas dire simplet. On n’est que dans le narratif, et il n’y a pas le moindre essai d’analyse des mécanismes à l’œuvre dans la montée du mouvement. Quand on sait l’importance de l’Ecole de Palo Alto en psychologie, on se dit juste qu’il est dommage, même pour un roman, de ne pas avoir creusé un peu les choses. Pour sa décharge, signalons simplement que ce livre a été originellement publié dans la section « enfants » de Random House. Bien que réédité en édition « adulte » chez nous du fait de la sortie prochaine du film, et même s’il est des livres pour enfants qui font le délice des grands, je trouve qu’il reste quand même plus un livre pour ados. Autant je comprends qu’il soit devenu un best-seller étudié dans tous les collèges d’Allemagne, autant, pour des gens vraiment intéressés par la question, il laisse carrément sur sa faim. Ce qui ne m’empêchera cependant pas d’aller voir le film.

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sylvie 21/05/2009 15:18

je suis restée dubitative et sceptique après la lecture de ce petit roman, et du coup, je n'attends pas grand chose du film...

Béatrice 22/02/2009 17:56

j'ai pris des notes au fil de la lecture de ton article mais j'irai moi aussi voir le film avant de m'exprimer

Ephedra 22/02/2009 23:12



Débriefing à l'issue du film, alors? :-)