Waiting to exhale : où sont les hommes?

Publié le par Ephedra

Waiting to exhale, c'est le titre original du film "Où sont les hommes?" de Forest Whitaker, sorti en 1995, avec Whitney Houston et Angela Bassett. Ce film, je ne l'ai pas vu, mais je me souviens que l'on en avait beaucoup parlé, ainsi que de sa B.O. (le fameux "Shoop shoop" de Whitney Houston - encore elle!). 

Bref, si je vous parle de ce film aujourd'hui, c'est d'abord et avant tout pour son titre: Waiting to exhale - "to exhale" en anglais, c'est littéralement "expirer", donc on pourrait traduire l'expression par quelque chose comme "en attente d'expiration". Mais, en anglais comme en français, le mot "expiration" a deux sens : expirer par opposition à inspirer, dans un mouvement de respiration; et puis expirer aussi au sens de décéder. Le titre peut donc être compris de deux manières différentes: "en attendant la mort", ou bien "en attendant de souffler, de respirer" - d'une certaine manière de s'apaiser?, - les deux pouvant se recouper parfois, puisque dans l'attente de la mort, on peut guetter aussi l'apaisement.

Pendant longtemps, je crois, je n'ai finalement été dans rien d'autre que dans l'attente de cette expiration finale. L'impression de subir ma vie, et d'attendre qu'elle passe, tout simplement. De regarder en spectatrice le temps filer. Je "dormais ma vie d'un sommeil sans rêves", pour paraphraser Perec. Je stagnais, comme si j'étais toujours dans l'attente d'une vie au futur. C'est un peu dur à expliquer, mais j'avais l'impression que ma "vraie vie" serait toujours "plus tard", un peu comme si j'étais perpétuellement "en attente de vivre". Je ne vivais pas ma vie au présent, ce qui revient à dire que je ne vivais pas vraiment, tout simplement. Je n'investissais rien, en particulier pas les lieux où j'étais censée habiter, ce qui avait pour résultat de faire de moi une campeuse perpétuelle, même dans mon propre appartement. Les cartons traînaient, à moitié défaits, et les valises étaient toujours en stand-by dans l'entrée. Même si j'adore ça, j'achetais rarement des objets de décoration, puisque dans mon esprit, il ne servait à rien d'investir un lieu dans lequel je ne resterais pas. Sauf qu'à force de ne pas investir le temporaire, quand rien de plus permanent ne se profile à l'horizon, eh bien du coup on n'investit rien, et ne rien investir, c'est retenir sa respiration, c'est survivre. Je gardais les jolies assiettes et les beaux couverts pour plus tard, me contentant de ma vieille vaisselle au quotidien. Tout ce que j'avais de plus beau, je le gardais pour "quand je serais installée". Implicitement, il y avait toujours l'idée de cette installation à venir, plus durable. J'y ai bien réfléchi: je crois que j'étais inconsciemment dans l'attente du Prince Charmant, tout simplement! Et que cette installation future à laquelle je me référais revêtait finalement les atours du ménage (le couple, hein, "l'épousage" pas l'époussetage! ;-). Ah! Qu'est-ce qu'il nous a fait du mal celui-là! Pourquoi continue-t-on à nous élever ainsi dans ces mythes d'un autre âge??? Bonjour les ravages! Jusqu'au jour où, ce n'est pas si vieux, j'en ai finalement pris mon parti: je ne pouvais décemment plus être dans cette attente de vie toute ma vie! Trop d'années que j'étais en apnée! Il était temps que j'expire, il était temps que je respire. Que j'admette que ma vie, c'est mon présent, c'est moi, seule, ici et maintenant. Et même s'il y a des choses dont je ne suis pas satisfaite, que je souhaiterais voir changer ou évoluer, c'est ma vie quand même. Ma vie à moi, précieuse, unique, éphémère, et que j'ai déjà assez laissé filer.

Depuis que j'ai intégré ça, ça va beaucoup mieux. Au départ, j'avais quelques scrupules à vivre cette vie d'égoïste, toute entière dédiée à ma pomme. On m'avait tellement appris à faire passer les autres avant moi, "parce que c'est pas poli", "parce que ça se fait pas", "parce que c'est prétentieux, suffisant" ou je ne sais quoi de se mettre en avant, de penser d'abord à soi, de privilégier la satisfaction de ses propres désirs. Ce n'est pas très moral, tout ça. Et pourtant... 

Pour en revenir au film, si le titre a été traduit en français par "Où sont les hommes?", je me dis que c'est que l'histoire doit se référer à la quête amoureuse de ses héroïnes, et que l'expiration à laquelle se réfère le titre original doit être celle de l'apaisement d'icelles ayant trouvé chaussure à leur pied. Plus ça va, plus je trouve qu'il y a finalement quelque chose d'un peu "malsain" à faire ainsi dépendre son bonheur de quelqu'un. Sans parler de la mise en danger et de la position de dépendance dans laquelle on se met, quelle responsabilité et quel "fardeau" pour l'autre! Sous couvert d'amour, ne vient-on pas parfois déposer un manque, un creux, une faille, que l'on va implicitement demander à l'autre de combler, de colmater? Plus ça va, plus je crois que l'autre ne doit pas servir à boucher ce vide, mais venir au contraire de surcroît quand on a fait soi-même la paix avec sa solitude. Reste après le risque qu'il peut y avoir de s'habituer à cette solitude, mais ce sera sûrement l'objet d'un prochain billet...

 

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MrAyiti 17/05/2011 02:42


Où sont les hommes FRENCH DVDRip (Waiting to Exhale)

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Béatrice 22/02/2009 17:50

Comme je n'étais pas tout à fait d'accord avec ton interprétation de "exhale means expire" je me suis perdue dans mes dictionnaires français et anglais (à ne pas confondre avec les dictionnaires de traductions) et je rejoins le commentaire d'Elsie...
les titres français bien souvent sont un pâle reflet de ce que semble dire le titre anglais..Je n'ai pas vu le film non plus ...je ne porterai donc pas de jugement catégorique...

Ephedra 22/02/2009 23:11


Suspension du jugement jusqu'à ce que qqn l'ait vu, donc.


ELSIE 19/02/2009 09:42

Coucou
La portée du titre français me semble plus limitée que celle du titre original dommage.
Je trouve le verbe 'to exhale' magnifique...
Bises

Ephedra 23/02/2009 00:57


Bises à toi aussi Elsie. On se demande parfois ce qu'ils trafiquent dans les traductions de titres... 


jp 17/02/2009 20:22

une vie à deux réussie c'est bien
mais faut trouver quelqu'un de bien dans sa tête
c'est pas courant