Aktion T4

Publié le par Ephedra

Intéressant de voir le sort fait, selon les sociétés, aux déviants, à ceux qui n’entrent pas dans la norme, à ceux qui ne rentrent pas dans les cases… Terrifiant de voir le sort réservé sous le IIIe Reich à toutes les populations dont s’occupe aujourd’hui le travail social : handicapés, déficients, et autres inadaptés en tous genres.

Dans l’Allemagne nazie, Aktion T4 était le nom d’un programme d’extermination à l’encontre des handicapés et des malades mentaux, et l’on estime à plus de 100.000 (certains disent le double) le nombre de personnes gazées dans le cadre de ce programme entre 1939 et 1941.


Bien que n’usant pas de méthodes aussi radicales et systématiques, la France de Pétain n’était pas en reste, qui a volontairement laissé mourir de faim les malades mentaux dans ses hôpitaux. On en parle peu, mais dans son livre L’extermination douce, Max Lafont crève l’abcès :


« En France vichyste, on a technocratiquement et passivement laissé mourir ces malades mentaux au moment où triomphait l’idéologie eugéniste du docteur Alexis Carrel, prix Nobel de médecine en 1912. L’auteur de
L’homme cet inconnu, publié en 1936, était hanté par l’existence des handicapés physiques et mentaux qui, d’après lui, menaçaient la pureté raciale : « Avant tout nous ne devons pas augmenter le nombre de malades, de paralytiques, de faibles, de déments. […]  Nous savons que la sélection naturelle n’a pas joué son rôle depuis longtemps. Que beaucoup d’individus inférieurs ont été conservés grâce aux efforts de l’hygiène et de la médecine. Que leur multiplication a été nuisible à la race. […] Les familles où existent la syphilis, le cancer, la tuberculose, le nervosisme, la folie, ou la faiblesse d’esprit… sont plus dangereuses que celles des voleurs et des assassins. Aucun criminel ne cause de malheur aussi grands que l’introduction dans une race de la tendance à la folie. » »


Oui, vous avez bien lu, l’auteur de ces lignes citées par Max Lafont a été Prix Nobel de médecine en 1912 ! Cela dit, quand on voit les sommités médicales qui ont participé en Allemagne à la mise en œuvre du programme Aktion T4, on ne s’étonne plus de rien…


Le même Alexis Carrel, Nobel, donc, qui va étendre ses théories aux immigrés :


« Beaucoup d’immigrants, on le sait, ont été admis en France. Les uns sont désirables, les autres ne le sont pas. La présence de groupes étrangers indésirables du point de vue biologique est un danger certain pour la population française.
La Fondation [i.e. la « Fondation française pour l’étude des problèmes humains », dont Carrel était l’un des responsables, et qui a notamment été missionnée par Pétain pour réaliser une évaluation de la qualité biologique des immigrés, pour distinguer ceux dont l’apport pouvait être biologiquement positif et les autres] se propose de préciser les modalités d’assimilation des immigrants afin qu’il devienne possible de les placer dans des conditions appropriées à leur génie ethnique. » - « génie » à entendre bien sûr au sens de « spécificité », de « particularité » culturelle.


Je ne sais pas vous, mais moi, cette histoire d’immigration choisie me rappelle quelque chose, tandis que résonnent à mon oreille les dernières phrases de Nuit et brouillard


« Qui de nous veille de cet étrange observatoire pour nous avertir de la venue des nouveaux bourreaux ? Ont-ils vraiment un autre visage que le nôtre ? Quelque part, parmi nous, il reste des kapos chanceux, des chefs récupérés, des dénonciateurs inconnus. Il y a tous ceux qui n'y croyaient pas ou seulement de temps en temps. Il y a nous qui regardons sincèrement ces ruines comme si le vieux monstre concentrationnaire était mort sous les décombres, nous qui feignons de reprendre espoir devant cette image qui s'éloigne, comme si on guérissait de la peste concentrationnaire, nous qui feignons de croire que tout cela est d'un seul temps et d'un seul pays, qui ne pensons pas à regarder autour de nous et qui n'entendons pas qu'on crie sans fin. »
(Alain Resnais, Nuit et brouillard, texte de Jean Cayrol)

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