Les toxicos de la bouffe : la boulimie vécue et vaincue

Publié le par Ephedra

Attention, livre miracle, livre essentiel, livre salvateur ! A toutes celles, boulimiques, qui n’y croyaient plus ; à toutes les autres, anorexiques, esclaves de Troubles du Comportement Alimentaire et à leurs proches, LE livre qui peut changer votre vie…

 

«  Je m'appelle Catherine Hervais, j'ai 58 ans, je suis psychothérapeute, et la boulimie, je connais bien. Pendant quinze ans, j'en ai bavé, je l'ai vécue jusqu'à la nausée. Depuis l’âge de treize ans, j’ai vu quantité de médecins, nutritionnistes, psychiatres sans jamais oser leur avouer la réalité de mon quotidien. Je disais soit que j’allais mal, soit que je ne réussissais pas à gérer mon alimentation mais je n’osais pas avouer ma triste réalité : je n’osais pas dire que je vivais pour manger, et mangeais pour vomir, vomissais pour remanger. »

 

Le ton est posé. Dans un style direct, franc et sincère, sans complaisance ni misérabilisme, Catherine Hervais raconte ses années de galère, à se remplir et à se faire vomir du matin au soir, jusqu’au jour où elle entre en analyse. Les méthodes traditionnelles de la psychanalyse classique ne lui conviennent pas trop, aussi ne va-t-elle pas jusqu’au bout, mais c’est la porte ouverte dont elle avait besoin pour aller plus loin. Elle entame alors un D.E.S.S. de psychologie clinique et participe à de nombreux groupes thérapeutiques d’orientation gestaltiste, qui l’aideront à venir à bout de son mal-être. De ce parcours, elle retire certaines conclusions qui vont orienter sa pratique de thérapeute, et notamment le sentiment que la psychanalyse orthodoxe, qui travaille sur les effets de la frustration provoquée par la neutralité de l’analyste, peut parfois être mal adaptée à des sujets boulimiques qui, par définition, gèrent justement particulièrement mal la frustration. Catherine Hervais en appelle donc pour ces personnes à une thérapie plus « réelle », plus directe, entendre par là finalement plus « humaine », où le thérapeute mouille sa chemise aux côtés de ses patients, qui est l’orientation dans laquelle elle travaille avec les groupes qu’elle anime aujourd’hui.

 

Dans Les toxicos de la bouffe, Catherine Hervais positionne d’emblée la boulimie du côté des addictions, et montre comment, en la matière, on a souvent tendance à mélanger cause et conséquence, origine et effets. Or, dans le cas de la boulimie, les gavages et les vomissements ne sont pas tant « la maladie » en soi, qu’un symptôme, le signe qu’il y a autre chose qui ne va pas. Même si les boulimiques attribuent souvent la cause de leur malaise à la boulimie, en réalité, c’est l’inverse : c’est précisément un certain malaise qui a généré leur boulimie. En gros, « c’est parce que j’ai un problème que je suis boulimique », mais ce n’est pas la boulimie qui est mon vrai problème ; elle n’en est qu’une conséquence, une matérialisation, un reflet. Le vrai problème est antérieur, premier ; partant de là, c’est donc autour de lui qu’il faut travailler.

 

Pour ce faire, Catherine Hervais adopte un positionnement thérapeutique clairement dynamique et très « rentre dedans », qui dit en gros « vos gavages et vos vomissements, j’en ai rien à foutre, ça ne m’impressionne pas. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a derrière tout ça, et qui est sûrement beaucoup plus difficile à faire sortir que votre vomi, alors virez-vous les doigts de la bouche et au lieu de faire gicler de la gerbe, faites-en exploser des mots ! » (libre interprétation de ma part ; l’auteure est beaucoup plus tempérée !...). En gros, « ton symptôme ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a derrière.» Et c’est ce qu’il y a derrière qu’il faut réussir à faire sortir, dans une conversion des actes (i.e. les gavages, les vomissements) en mots.

 

Et ce qu’il y a derrière, justement, c’est quoi ? Il ressort des nombreux témoignages qui ponctuent ce livre, que c’est d’abord et avant tout une peur panique de vivre, un mal-être existentiel qui s’origine selon l’auteure dans les plus jeunes âges de la relation mère-fille.

 

« Cette peur viscérale de vivre renvoie à un déséquilibre relationnel avec la mère lors des premières semaines de la vie, qui empêche l’enfant de ressentir la confiance en l’autre et la confiance en lui-même dont il a besoin pour développer ce qui deviendra un jour sa véritable identité. » Ou encore : « Toutes les boulimiques ont eu, selon moi, un problème identificatoire avec leur mère. C’est-à-dire qu’elles ont tellement peur de lui ressembler qu’elles nient la part d’elles-mêmes qui a des caractéristiques identiques. »

 

Catherine Hervais montre comment les boulimiques vivent depuis le berceau dans la crainte du rejet, et comment, en réaction, elles sont toujours dans le besoin de vouloir se faire accepter, même si ce doit être au détriment d’elles-mêmes. Elles assujettissent leur désir à celui des autres et n’osent pas s’affirmer autrement, de peur que si elles s’opposent, on ne les aime pas.

 

Par le biais de ses groupes de travail, Catherine Hervais vise à aider ses patientes à assumer ce qu’elles sont réellement. « Mes patients souffrent du refoulement d’une certaine partie d’eux-mêmes. Je les mets en situation de la retrouver, de l’explorer, de l’accepter, de l’intégrer rapidement. »


Le champ sémantique de l’addiction est bien celui de la dépendance et de l’aliénation. Dès lors, il s’agira de comprendre ce qui est à l’œuvre, ce qui se joue, pour pouvoir s’en libérer, et arrêter de survivre pour enfin vivre…

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michette 31/10/2012 17:07

La "critique" est un peut réductrice, effectivement, quand on lit le livre où l'on trouve pas de jugement, mais beaucoup de bienveillance. Ma fille vient de faire un beau chemin, dans les groupes
de Catherine... le livre ne suffit pas, il est juste le déclencheur nécessaire pour se dire qu'il y a un espoir d'en sortir, vraiment !

C'est aussi, par ricochet, grâce à Catherine que la mère que je suis a pardonné à sa propre mère plutôt que de se tenir dans la plainte permanente d'un passé ressassé ! Elle n'accuse pas tant que
ça les mères (coupables tellement idéales pour beaucoup de psy), elle s'implique en parlant d'elle même, elle tranche justement par son empathie, son énergie bienveillante et même son côté...
midinette ! J'espère, vraiment, que les gens qui prendront sa suite sauront s'inspirer avec la même intelligence de ses méthodes ! À Gwen, appelle-la (si tu es toujours dans la difficulté), fonce
=> y'a de la lumière chez elle qui permet d'entrevoir le bout du tunnel !

biba 29/07/2010 11:26


avis intéressant mais ta restranscription des paroles de l'auteur est plutôt agressive! c'est un peu facile de schématiser de cette manière!


Gwenn 01/02/2009 19:30

Elles assujettissent leur désir à celui des autres et n’osent pas s’affirmer autrement, de peur que si elles s’opposent, on ne les aime pas.
C'est après deux ans de thérapie que j'ai compris celà... J'ai compris, je me suis entendue mais pour l'instant rien n'a changé. Il va me falloir encore beaucoup de temps je pense...

Ephedra 01/02/2009 22:07


Ne perds pas courage Gwenn, tu as déjà fait un gros bout du chemin, et je suis sûre que tu y arriveras. N'hésite pas à lire ce livre si tu en as l'occasion (et l'envie!). Je pense qu'il te parlera.
Moi en tout cas, je l'ai trouvé plein d'espoir. Garde confiance!