Backpacking on Eurolines

Publié le par Ephedra

Si, comme moi, vous allez souvent de Paris à Bruxelles, outre la voiture, deux solutions s’offrent à vous : le Thalys, rapide, pratique et confortable, mais contraignant en termes de réservation, voire prohibitif au niveau des tarifs si vous vous y prenez au dernier moment. Heureusement, pour les handicapés de l’anticipation dont je fais partie, Dieu créât Eurolines ; Eurolines, l’ami des planificateurs de dernière minute, des impulsifs du départ, des inadaptés du schedule. Eurolines ou la joie des voyages en bus pas chers à travers l’Europe.

 

Pour aller à Bruxelles de Paris via Eurolines, il faut d’abord se rendre à la gare routière internationale de Gallieni, sur le terminus de la ligne 3. Autant dire au bout du monde. Là, dans le décor riant d’un souterrain glauque, vous trouverez les bureaux de la compagnie. Après être passé à l’embarquement (i.e. avoir fait la queue à un guichet pour que l’on vous donne, en échange de votre billet, une petite plaquette à l’ancienne avec le numéro de la voie de départ), et en attendant votre bus, vous avez le choix entre vous échapper cinq minutes au centre commercial en surface ou errer dans les locaux accueillants de la gare routière : ambiance interlope, lumière blafarde, toilettes sales, quelques sièges accrochés au mur de-ci de-là sur le bord des quais. Des distributeurs de friandise faméliques. Un point en-cas qui rebuterait même les plus courageux.

 

Après l’attente dans cet environnement chaleureux, vient enfin l’heure tant attendue de monter dans le bus. C’est alors le rituel de la bousculade pour mettre les bagages dans la soute, et pour choisir sa place. Certains s’agglutinent contre la porte pour être les premiers, sauf que la porte, elle s’ouvre vers l’extérieur, et qu’il faut donc faire reculer les gens pour qu’ils puissent entrer. Le chauffeur commence à râler. Il y a des sacs énormes remplis à craquer, qu’on peine à ranger ; parce que c’est aussi ça l’intérêt : avec Eurolines, on peut voyager plus chargé qu’en train. Bribes de conversations qui se croisent. Ça parle fort et en plein de langues. Niveau public, on retrouve surtout des ressortissants d’Afrique Noire, quelques Maghrébins, peu d’Européens, et quand il y en a, plutôt des petits jeunes. Ambiance un peu Château-Rouge aux heures de pointe.

 

Une fois tout le monde casé, c’est parti pour trois heures trente de trajet, qui seront coupées par une pause sur une aire d’autoroute, souvent la même d’ailleurs, ça crée des habitudes. Le chauffeur a bien dit « dix minutes », mais malgré tout, une fois sur deux, il y a les boulets qu’il faut attendre. Le chauffeur râle en comptant ses ouailles et klaxonne pour presser les retardataires, qui se font dévisager avec hostilité lors de leur remontée dans le bus.

 

Encore un peu de route, et enfin on arrive à Bruxelles, où il y a deux arrêts : Gare du Midi, et Gare du Nord, le terminus. Personnellement, je descends généralement Gare du Midi, et c’est là aussi que je reprends le bus dans l’autre sens, pour rentrer à Paris. Il faut savoir à ce propos que l’arrêt de l’Avenue Fonsny est réservé aux initiés. Il n’y a en effet ici pas de véritable local Eurolines, juste un simple bureau de l’autre côté du trottoir. Le ramassage se fait donc en pleine rue, à un arrêt qui ne se distingue des autres que par un autocollant Eurolines à peine visible, collé sur un poteau. Pas facile à repérer, et pas très sympa pour l’attente quand le temps est gris, puisqu’il n’y a même pas d’abri…

 

Quand il repart, le bus vient souvent d’Amsterdam, on a donc généralement droit aux Douanes à la frontière ou au péage : vérification des pièces d’identité, avec une attention quand même un peu plus particulière sur celles des hommes seuls et noirs. « Vous venez d’où ? » « Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ? » « Vous allez où ? » « Vous avez acheté quelque chose en Belgique / en Hollande ? » Généralement, les choses en restent là. J’ai assisté à quelques sorties de bagages des soutes pour fouille, mais cela reste exceptionnel.

 

A nouveau la pause réglementaire sur l’aire d’autoroute, sauf si l’on est parti avec du retard et que le chauffeur a accepté de laisser les toilettes ouvertes, parce qu’il y en a qui rechignent à le faire – j’en ai déduit que ce devait être eux qui les nettoyaient ; auquel cas c’est alors le sprint direct vers Paris. Retour au bercail, retour à Gallieni. Nous récupérons nos bagages et nous dispersons dans l’espace parisien, comme si nos routes ne s’étaient jamais croisées.

 

Alors, après le portrait que je viens de vous en dresser, vous allez peut-être vous dire que je suis maso de continuer à voyager ainsi, mais en fait, j’espère que vous avez perçu la tendresse sous le sarcasme, parce qu’au fond, et au tout premier degré, moi, ces voyages, je les aime bien. Parce qu’ils m’installent dans la temporalité de mes escapades bruxelloises, qu’ils sont intimement liés à ces petites virées que je m’y fais régulièrement depuis deux ou trois ans ; parce qu’ils font partie de l’aventure. Et puis franchement, ce côté un peu « roots », je crains pas. J’aime bien le rapport qui s’instaure avec les gens dans le bus, ces morceaux d’histoires qui se croisent, le groupe improbable que l’on forme le temps d’un voyage, ces personnes qui se rencontrent dans un espace-temps commun qu’elles n’auraient sûrement jamais partagé autrement. Une autre forme de « mixité sociale », peut-être, tout simplement…

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Béatrice 27/01/2009 09:29

Je vais être curieuse et terre à terre ...quel est le tarif sur cette super ligne?
J'ai pris le talys au mois de novembre, je l'ai trouvé rapide et confortable et...un peu rude sur le porte monnaie en effet...
A travers ta description j'ai eu l'impression de faire partie du voyage..A bientôt.

Ephedra 27/01/2009 12:24



Concernant les tarifs, Béatrice, c'est là qu'Eurolines bat tous les records, puisque l'aller-retour Paris-Bruxelles est à 40 euros environ. Il est par contre des destinations moins
intéressantes au regard du prix d'un billet d'avion, comme le Portugal, par exemple, qui coûte dans les 200 euros, mais avec 24 heures de trajet au lieu de deux heures de vol! Cela dit, là
aussi, c'est une aventure! Pour tout savoir sur les tarifs et les destinations, tu peux jeter un oeil sur www.eurolines.fr et en ce qui concerne la
liaison Paris-Bruxelles, le bon plan peut être aussi de consulter www.trocdesprems.com où l'on peut racheter des billets de Thalys quand les jours et/où
les horaires collent.