L’œuf, les mouillettes et la poule

Publié le par Ephedra

Suite à ce que je vous disais récemment sur ma tendance à la digression, j’ai eu envie de retrouver cette scène d’anthologie où, dans P.R.O.F.S., Patrick Bruel se fout allègrement de la gueule de sa collègue documentaliste, qui se la pète un peu « intello du lycée » parce qu’elle a lu des livres et vu des films.
 

Pour mémoire, Patrick Bruel joue ici le rôle de Frédéric Game, jeune prof de français fraîchement muté dans un nouveau lycée, où, avec quelques collègues un peu déjantés, il va organiser une résistance à la médiocrité ambiante du milieu enseignant. Dans la séquence qui suit, Charlotte Julian est Josiane, la documentaliste, par ailleurs déléguée syndicale et responsable du cinéclub.


Frédéric va pour mettre une affiche de M.A.S.H. en salle des profs. Il se fait engueuler par Josiane.


Josiane : Qu’est-ce que c’est que ça ?

Frédéric : Un film qui passe cette semaine à la télé, j’aimerais que les élèves le regardent.

Josiane : Mais tu peux pas mettre ça ici !

Frédéric : Pourquoi ? Y’a de la place.

Josiane : C’est réservé au cinéclub.

Frédéric : Ben, Altman, quand même…

Josiane : Oui, comme par hasard le seul film commercial d’Altman.

Frédéric : Ben je vois pas ce que tu peux lui reprocher. C’est du très bon cinéma. Y’a de l’action, y’a de l’humour.

Josiane : Oui, un peu de violence, un peu de sexe. Excuse-moi mais j’attends autre chose d’un film.

Frédéric : Ah bon ! Et qu’est-ce que t’attends ?

Josiane : Qu’il m’interpelle quelque part, qu’il me fasse réfléchir.

Frédéric : Ben moi pour réfléchir j’aime mieux être au calme, tranquille, sans bruit, sans images.

Josiane : Dans ces conditions n’importe quelle connerie peut faire l’affaire.

Frédéric : Ah non, pas du tout, n’importe quelle connerie ça peut faire l’affaire pour vous, les intelligents. Vous, on vous fait un plan de trois minutes sur un œuf, aussitôt vous imaginez les mouillettes, la poule, Christophe Colomb, Yul Brynner. Avec les cons comme moi, on peut pas leur faire n’importe quoi, sinon ils s’emmerdent, ils gueulent et ils s’en vont. Crois-moi, parvenir à intéresser même les cons, c’est ce qui demande le plus d’intelligence…


Et forcément, en même temps que je reprenais celle-là, d’autres scènes mythiques me sont revenues : le cours de planche à voile sur le bitume dans la cour de récré, les délires du prof d’arts plastiques, le pamphlet pro-soviétique de Charles Max, la goutte dans le café de l’agrégé de maths, etc. etc. Je ne vais pas faire l’apologie de P.R.O.F.S. à ceux qu’il n’a pas réussi à convaincre ; ça ne vole pas haut, je sais, mais je ne vais pas bouder mon plaisir non plus : moi, c’est un film que je revois toujours avec tendresse, pas en tant que GRAND cinéma évidemment, mais en tant que comédie sympa, qui réussit encore à me faire sourire après le nombre de fois où j’ai pu la voir. D’aucuns trouvent que les travers du milieu enseignant y sont un peu trop appuyés, certes, mais je répondrai que c’est précisément le propre de la caricature que de forcer le trait, et même si c’est gros, évidemment, il y a quand même des trucs bien vus et de bonnes idées. Et puis j’aime bien ce parallèle avec M.A.S.H., justement, et sa troupe de médecins désabusés, le côté un peu déglingué de l’équipe, leur cynisme, leur manière d’affronter au deuxième degré le quotidien, dans cette distance ironique, dans ce petit vent de folie subversive qu’ils font souffler sur l’institution…
 

Mouais, peut-être que tout compte fait, j’ai la digression facile, en effet !... ;-) Belle journée à vous!

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