N’y a-t-il qu’une manière de sauter la barrière ?

Publié le par Ephedra

Un jour, une étudiante éducatrice spécialisée me racontait comment, alors qu’elle était en stage dans une structure accueillant des enfants déficients moteur et intellectuel, elle avait assisté à une scène qui l’avait beaucoup questionnée.

 

Un parcours en forêt avait été organisé, du genre « parcours de santé », avec par endroits des obstacles à franchir, à contourner, etc. A un moment, il y avait une espèce de haie, que les enfants devaient enjamber ; alors qu’il venait juste de la franchir avec succès, l’un d’eux est repris par l’éducatrice qui accompagnait l’exercice, qui lui dit : « Non, c’est pas comme ça qu’il faut faire ! » et lui montre comment il aurait dû franchir cette haie, en mettant telle jambe comme ça et telle autre autrement.

 

Je précise que nous n’étions pas ici dans un apprentissage technique de l’épreuve olympique « saut de haies », mais bien avec des enfants ayant des difficultés à se déplacer, qui étaient mis en présence d’obstacles, sur un terrain accidenté. La visée n’était pas non plus d’ouvrir sur un travail de kiné ou d’orthopédie, mais bien d’abord et avant tout d’encourager l’autonomie. Pauline (l’étudiante) ne comprenait pas pourquoi l’enfant avait été ainsi repris, alors que par tâtonnements et à partir de ses possibilités, il avait été tout à fait capable de faire ce qu’on lui demandait, qui plus est en se débrouillant tout seul.

 

Il y a un an de cela environ, je me suis mise au tricot. Ça m’a pris comme ça. Un pote venait d’avoir une super écharpe que lui avait tricotée sa mère pour Noël, et j’avais très envie d’avoir la même, mais comme ma mère à moi ne tricote pas, je me suis dit « ni une ni deux, il faut que tu t’y mettes ! » Je vous passe les sarcasmes de mes amis les premières fois où ils m’ont vue à l’œuvre. Il paraît que je n’ai « pas le profil » comme ils disent, n’empêche que c’était devenu une vraie passion, et que pendant un temps, je me trimballais partout avec mes aiguilles et ma pelote ! Je reviendrai peut-être là-dessus une autre fois, parce que j’ai vraiment découvert un univers, mais pour l’heure, il importe simplement de savoir que j’ai fait mon « apprentissage » sur internet, en glanant à droite et à gauche les infos qui m’étaient nécessaires, c’est-à-dire comment monter des mailles, comment faire tel ou tel point, comment arrêter des mailles. En gros, c’était un peu ça, sauf que je m’intéressais surtout au résultat à obtenir plus qu’à la manière de le faire. Résultat, j’ai développé une technique de tricot qui semble m’être un peu personnelle…

 

Un jour, durant cette grande période tricot, donc, je me retrouve à tricoter chez des potes. Etait présente à ce moment-là une nana qui me dit en substance « ah ! c’est marrant que tu tricotes comme ça, c’est pas comme ça qu’il faut faire, tu perds du temps ! » Alors là, outre le fait que j’avais bien envie de lui dire « mêle-toi de tes oignons », je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’elle partait quand même 1°/ du présupposé que j’étais dans une sorte de « productivisme » du tricot qui faisait que j’avais envie de tricoter vite – or il se trouve justement que je n’en ai rien à foutre ; moi, ce que j’aime dans le tricot, c’est d'abord et avant tout l’acte même de tricoter - et 2°/ et de ce fait, justement, de tricoter à ma manière - puisque apparemment elle semble m'être personnelle - et pas en me contraignant à prendre le fil par-dessus l’index ou je ne sais quoi, dans un geste qui ne me vient absolument pas naturellement et qui, pour le coup, me gâcherait presque mon plaisir de tricoter, vu que précisément, je m’y contrains…

 

Alors, je vous le demande : n’y a-t-il qu’une manière de sauter la barrière ???

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ELSIE 19/01/2009 17:54

D'après l'institutrice de mon fils la bonne manière de dessiner un cercle est dans le sens inverse des aiguilles d'une montre
AH BON!!!

Béatrice 18/01/2009 09:22

Je me suis trouvée dans une situation similaire: je donne des cours de dessin à une petite fille qui est gauchère...elle a une façon toute particulière de tenir son crayon, son pinceau enfin, tous les outils qu'elle utilise; Au début j'avais envie de lui montrer comment tenir son crayon entre le pouce et l'index et de le soutenir avec le majeur, elle m'a dit:" c'est difficile". A près son départ, je me suis dit que j'allais essayer de tenir mon crayon de la main gauche comme je lui avais suggéré pûis de le tenir toujours de la main gauche comme elle le faisait...Bien évidemment je me suis aperçue qu'elle avait raison. Quand elle est revenue la fois suivante, je me suis excusée et je lui ai dit qu'elle devait tenir son crayon comme elle le voulait. Depuis, quand elle vient je réfléchis à placer le chevalet avec la lumière qui vient de droite, je réfléchis avec une démarche de gaucher et je n'essaie pas de lui imposer des codes! On ne peut pas décider à la place de quelqu'un ce qui est mieux pour lui à moins d'avoir essayé...Il n'y a pas de règle après tout...

Ephedra 18/01/2009 17:02


C'est une très belle illustration que tu nous donnes là, Béatrice, et un positionnement pédagogique que devraient avoir, je trouve, tous les enseignants: celui de partir d'abord et avant
tout de l'enfant plutôt que des techniques éducatives. En plus, dans l'exemple que tu nous donnes, tu as eu la réaction de requestionner ta pratique à toi en tant que prof, et
moi je trouve ça vraiment super! Tu peux compter sur moi pour recommander tes cours de dessin! Merci! 


. 15/01/2009 00:14

il y a sûrement plusieurs manières de sauter une barrière...
et si tu connais plusieurs façons de le faire non seulement tu as le choix entre plusieurs techniques mais tu peux aussi choisir une technique plutôt qu'une autre en fonction du problème posé

Ephedra 15/01/2009 19:26


Tout à fait d'accord avec toi sur l'importance du choix. Après, la question est de savoir ce qui en permet le plus: la possibilité de choisir une technique plutôt qu'une autre au sein
d'un corpus préexistant ou la capacité à générer soi-même ses propres réponses (techniques) en fonction du problème...  


L............uC 14/01/2009 10:15

L'instituteur s'évertuait à me faire commencer les "8" en haut à droite alors que, en tant que gaucher, j'étais en bas à droite... pour le contrarier, le jour de l'inspection, j'ai commencé en haut à droite... Il avait l'air fin devant l'inspecteur...

Ephedra 14/01/2009 11:49


Eh eh! Bien fait pour lui, on peut pas dire qu'il 'a pas cherché! Bien joué!