Fan de Perec

Publié le par Ephedra

Parmi tous les auteurs et toutes les personnalités que j’aime, il y a Georges Perec.

 

Pourquoi Perec ?

 

Parce que Perec me fascine. Je me le représente comme une sorte de fou génial, avec ses cheveux hirsutes et ses yeux exorbités. Un fou génial qui tandis qu’il travaillait comme documentaliste dans son labo de neurophy devait avoir le cerveau en perpétuelle ébullition, l’esprit volant sans cesse de la page d’un livre sur la structure moléculaire de la moelle épinière à la contemplation par la fenêtre des oiseaux dans les arbres, de la cote d’un ouvrage sur les myoclonies à l’observation rigoureuse du poireau sur le nez du monsieur en train de lire en face de lui. Une imagination gigogne, fantasque, qui rebondissait sans cesse d’une chose à l’autre, un art du lien fait homme.  

 

Et puis Perec aussi et surtout pour son œuvre bien sûr, tellement hétéroclite, tellement géniale. Perec pour ses idées, loufoques, baroques, décalées. Perec pour son regard, beau, fin, attentif, aiguisé, un modèle pour tous les observateurs. Perec pour son intelligence et la justesse de ses  analyses aussi. Perec pour ce petit quelque chose d’artiste et de bohème dans sa manière d’appréhender la vie et le quotidien enfin.

 

J’ai presque tout lu de Perec, ses essais comme ses romans, et ses jeux. De tout cela, je garde notamment le travail de construction dantesque de La vie mode d’emploi, l’écriture hypnotisante des Choses, la pertinence de ses remarques taxinomiques dans Penser, classer et ses réflexions sur l’étonnement dans L’infraordinaire. Je voudrais d’ailleurs m’arrêter là-dessus, car je trouve que Perec a su ici mieux que personne, anthropologues ou même philosophes, depuis Aristote et ses remarques sur l’observation des planètes, dire la valeur de cet étonnement et le souligner comme moteur de la connaissance.

 

Dans « Approches de quoi ? », il montre bien comment l’on est tout de suite plus saisi, plus interrogé par ce qui est évident, qui vient de lui-même nous taper dans l’œil ou dans l’oreille : les gros titres des journaux, les catastrophes, les accidents, tout ce qui « fait évènement » en ce qu’il rompt justement avec l’habituel, le quotidien. Dès qu’il s’agit de se laisser étonner par autre chose en revanche, il semble que tout n’aille pas de soi. Nous sommes tellement pris dans le quotidien que « nous le vivons sans y penser, comme s’il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s’il n’était porteur d’aucune information. »

 

Or, le quotidien, c’est quand même ce qui compose la majorité de notre vie, il doit donc bien avoir quelque valeur, ou alors ce serait à dire que notre vie n’en a pas, quelle tristesse !

 

Par mille et un petits exercices : la description d’une rue ou d’un lieu, la retranscription du texte de cartes postales, le portrait d’un bureau, etc. il nous invite à essayer de regarder autrement (et de commencer par regarder tout court d’ailleurs !) ce qui nous est familier. Une transformation du voir en regard, un voir chargé d’intention, donc, mais aussi d’ATTENTION. Il me semble en effet que c’est là la qualité principale du regard de Perec : cette attention portée au monde qui l’entoure, préfigurative selon moi d’un certain mode de rapport à l’autre, mais je reviendrai là-dessus une autre fois...

 

Et vous, aimez-vous Perec ?

 

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rotko 04/01/2009 11:25

oui, j'aime bien Perec mais loin d'en avoir la connaissance que tu en as (soupir)

Ephedra 04/01/2009 12:02


Merci, c'est trop gentil! Je ne sais pas si j'ai une bonne connaissance de Perec, mais je sais en revanche que j'ai pris un plaisir énorme à lire chacune de ses oeuvres, et
qu'elles m'ont ouvert des horizons de réflexion infinis. Le bon côté des choses, d'après ce que tu dis, c'est donc qu'il te reste encore plein de ses écrits à
découvrir, veinard! ;-)
PS: viens de voir ton blog, vais m'y inscrire de ce pas.


L............uC 28/12/2008 08:30

"Espèces d'espaces" reste un livre de chevet, en tant que plasticien et je garde une profonde tendresse pour "W ou le souvenir de l'enfance"... Si ce n'est déjà fait attaquez-vous à Quenau, à présent, vous êtes mûre.