Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /Avr /2009 07:33

« Ah, ben ça fait plaisir de voir toutes ces couleurs ! » Je me retourne pour voir à qui elle parle. A moi. Le manque d’habitude, encore. Je suis chez Etam, et la vendeuse qui encaisse commente mes achats : trois tops - un rose fuchsia, un jaune citron et un vert émeraude. Je donnerais cher pour que ma copine Evelyne ou que mon collègue Johann soit là. La première, qui me connaît depuis des années, parce qu’elle ne s’est toujours pas remise de me voir mettre de la couleur ; le second, qui me connaît depuis beaucoup moins longtemps, parce qu’il se plaint toujours que je ne mets que des couleurs ternes. Le pauvre, s’il savait d’où je viens !

 

Pendant pas loin de 10 ans, je me suis habillée exclusivement en noir. Toujours en noir et en jupe, jamais de pantalon. Comment j’en suis arrivée là ? D’abord parce que fondamentalement et pour toujours, j’aime le noir. Je trouve que c’est une couleur chaude, classe et profonde. Celle aussi qui me va le mieux, à moi qui ai la peau claire et les cheveux noirs. Pendant des années, quand tout le monde me demandait pourquoi je m’habillais toujours en noir, je répondais « parce que j’aime ça », mais j’ajoutais aussi régulièrement qu’on ne demande pas à une blonde aux yeux bleus pourquoi elle s’habille toujours en bleu, tant il semble évident que c’est parce qu’elle assortit ses vêtements à ses yeux. Pourquoi les choses seraient-elles différentes avec le noir ? De par la place particulière qu’il a, en tant que couleur ou « non couleur » dans notre société ? Certes oui, mais bon, au bout d’un moment, il faudrait quand même intégrer qu’on peut aussi porter du noir sans être gothique ou en deuil.

 

J’ai donc commencé à mettre du noir parce que je trouvais que c’était une couleur qui s’accordait à mon physique, mais de plus en plus il est devenu plus que cela, comme une carapace, quelque chose qui me protégeait, à tel point qu’il y a eu toute une période où je ne pouvais plus mettre que du noir. Là on n’était plus dans le choix esthétique, mais bel et bien dans une incapacité psychologique à porter autre chose. J’avais l’impression que la couleur me dissimilait au regard des autres, quand, avec le recul, je me rends compte que d’une certaine manière, c’était peut-être le contraire. Je vous passe les détails sur le rapport à mon corps, trop gros, que je voulais cacher, quand « objectivement » je pesais à peine 48kgs pour 1m63.

 

C’est entre autre pour cela que je ne mettais pas de pantalon, et surtout pas de jean : parce que je me trouvais trop grosse.

 

Dans le Elle de cette semaine, il y a un bout d’interview de Juliette Gréco, à l’occasion de la sortie de son nouvel album. « Au Japon, on m’a demandé pourquoi je m’habillais en noir, couleur de la protection pour les Japonais. Justement, pour protéger mon corps car j’ai toujours pensé que j’étais laide. »

 

Et puis un jour (je vous passe les années d’analyse !), grâce à l’insistance de la petite vendeuse du corner Comptoir des Cotonniers du Printemps de Lyon, que je ne remercierai jamais assez, j’ai osé acheter mon premier jean. Un pantalon ! Et bleu en plus ! La patience et le tact dont elle a dû faire preuve pour m’assurer et me rassurer que non, ça ne faisait pas gros, et que oui, ça m’allait très bien. Je me souviens, c’était en 2005, et cela devait faire 10 ans que je n’avais pas fait d’achat de ce genre.

 

Quelques temps plus tard, j’ai déménagé de Lyon pour Paris. Je me suis coupé les cheveux (je vous raconterai une autre fois dans quelles circonstances) et à partir de là, j’ai commencé à porter de plus en plus de jeans, mais dans un premier temps toujours avec un haut noir. Cela a duré longtemps comme ça, puis peu à peu, des marrons et des kakis ont fait leur apparition, puis des gris et des bleus, et plus récemment des roses poudrés et des parme délicats. Toujours dans des tons très nuancés cependant, rien de vif, mais pour moi, cela a quand même été une grande révolution.

 

Nouvelle révolution depuis quelques semaines, donc : j’ose désormais les couleurs franches - le vert émeraude, le bleu turquoise et le rose fuchsia. Dit comme ça, ça fait un peu folklore polonais, mais en réalité, savamment assorti avec du noir (encore et toujours !) ou justement dosé avec un jean, force m’est d’admettre que le résultat de ces couleurs flashy est plutôt sympa. J’ai encore le regard critique sur la balance et sur mon corps, mais j’apprends que si je ne m’aime pas, personne ne le fera à ma place...

Par Ephedra - Publié dans : D'humeurs et d'errances
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Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 17:43

Désolée d'avoir un peu déserté les contrées de ce blog ces temps-ci, mais je me suis finalement décidée à essayer d'aller voir si l'herbe était plus verte ailleurs... Je viens donc de passer une semaine de vacances le nez dans les CV, à destination de Paris et de Bruxelles, en espérant que parmi toutes ces candidatures, une au moins saura convaincre...

Entre deux lettres de motivation cependant, j'ai pris le temps d'acheter un livre dont j'avais envie depuis plusieurs semaines déjà que je l'avais vu sur les étals de la FNAC. Mégapolis, de Régine Robin, qu'il s'appelle. Je n'en suis qu'au début, mais, de Zeus!, c'est une pure merveille, qui laisse augurer autant de pages des plus prometteuses...

Jugez-en vous-mêmes: "J'habite une mégapole depuis ma naissance et depuis ma naissance la ville m'habite; depuis ma naissance la ville me dévore et je dévore la ville. Pour moi, elle n'est pas un objet mais une pratique, un mode d'être, un rythme, une respiration, une peau, une poétique." Et là, moi je dis oui! Parce que Régine Robin a su ici, en deux phrases, résumer mieux que je ne saurais jamais le faire mon rapport à la ville, mon amour pour elle, cet amour des grandes villes dont je vous parlais et qui m'incite à vouloir m'en aller vivre ailleurs.

Louis Wirth l'avait bien vu dans son article célèbre comme l'un des textes fondateurs de la sociologie urbaine de l'Ecole de Chicago: "Urbanism as a Way of Life", littéralement "Le phénomène urbain comme mode de vie". La ville non pas seulement comme décor, cadre, contexte de la vie, mais la ville comme être au monde, la ville comme manière de vivre. La ville en ce qu'elle modèle, conditionne, imprime, oriente, génère des comportements. La ville en ce qu'elle sculpte et cisèle la vie.     

"Désir d'arpenter, d'explorer, de flâner, de parcourir, de monter et descendre des avenues, des rues, en bus, en tramway, en trolley, désir de traverser en métro, en taxi, de filmer, de photographier, de voir des films dans les grands cinémas ou des cinémas de quartier, de rester au fond des bistrots, de rencontrer des gens, de vivre de cette pulsation, de ce rythme de la mégalopole, d'expérimenter, de "performer"."

Oui, oui, oui, oui, oui et encore oui! Moi aussi, c'est ça que je veux!!!


Par Ephedra - Publié dans : Philo et sciences humaines
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Lundi 13 avril 2009 1 13 /04 /Avr /2009 20:27


"Et le type expliquera que la fille en photo à l'arrière de "Songs from a room" n'est pas du tout celle avec laquelle Léonard Cohen vivait à l'époque, que c'était juste une amie du photographe et que Cohen aimait bien cette image, que ça n'a pas été pris début août dans une maison du sud de la France, mais à dix kilomètres de Los Angeles, que la fille ne sait même pas faire marcher la machine à écrire sur laquelle elle a l'air de taper une nouvelle de deux pages, derrière les volets fermés, pendant le cagnard de quinze heures, Que la photo a été prise un matin début mars, que c'est marrant d'avoir pensé que Cohen avait fait l'amour avec elle, juste avant de prendre la photo, parce que c'est une fille qui n'aime que les filles." (Vincent Delerm)

Quelle que soit la vérité ici, comment dire mieux l'écart qu'il y a parfois entre les apparences et la réalité?

Par Ephedra - Publié dans : Questions, réflexions, cogitations
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /Avr /2009 21:33

Dans Stigmate, dont j’ai déjà parlé ici, Erving Goffman se livre à une réflexion sur l’exclusion. Il appréhende notamment ceux qui n’entrent pas dans la norme à partir d’une distinction que je trouve intéressante : celle entre dévieurs et déviants.

 

Goffman réserve le terme de dévieurs à ceux qui, bien que n’y répondant pas, reconnaissent la norme de la société qui les exclut ; les déviants, eux, ne reconnaissent pas cette norme-là. Les premiers souhaiteraient pouvoir intégrer la société mais sont rejetés par elle. Les seconds ne souhaitent de toute façon pas être intégrés, et se marginalisent d’eux-mêmes. « Les membres des communautés déviantes qui ne se soucient guère d’être ou non acceptés par la société ne sauraient être appréhendés en termes de stigmate. » Pour qu’il y ait stigmate, il faut donc qu’à la base, il y ait aussi une volonté d’intégration de la personne, et c’est dans la mesure seulement où cette volonté est contrariée par la réponse que lui apporte la société, qu’il y a stigmate. Dit autrement, le déviant, sa marginalisation, il la choisit. Le dévieur, lui, il la subit : il ferait tout pour rentrer dans les cases, mais ce sont les cases qui ne veulent pas de lui…

Par Ephedra - Publié dans : Philo et sciences humaines
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /Avr /2009 10:38
Tout simplement magnifique...
 
Par Ephedra - Publié dans : Ciné, musique, littérature
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"Chiffons, besaces et colifichets"

mon tout nouveau blog mode juste pour vous!

Lecture, Ciné, Musique...


08/01/09 - Lu (et bien aimé) le tome 1 des Chroniques de l'asphalte de Samuel Benchetrit, pendant la nuit. Parfait pour une heure d'insomnie. Ambiance urbaine, métallique des cités, bien résumée dans ces quelques mots: "ici le ciel ne dégage pas une lumière naturelle, c'est autre chose, comme un éclat chimique." Un côté un peu dark mais pas glauque, parce qu'il y a aussi vachement de tendresse, d'amour et d'humour. L'écriture est très alerte, vive. Elle a la poésie du slam. M'a donné envie de lire le tome 2.   

09/01/09 - Ai pas résisté. Tome 2 lu, et autant aimé. Même verbe gouailleur mais ambiance différente, moins métallique. On n'est plus dans les cités, on est à Paris. Quelques textes désopilants, qui m'ont fait hurler de rire (c'est une image; par contre ce n'en est pas une de dire que j'ai effectivement ri pour de vrai en lisant certains passages), d'autres plus tendres, d'autres un peu plus "gros", mais bon, dans l'ensemble, si vous avez envie de passer une heure de lecture sympa et sans prise de tête, c'est une découverte que je vous recommande! Par contre, gare à la frustration, parce que vu la manière dont les titres sont annoncés, je pensais que les 5 opus avaient été écrits, or il n'en est rien. Nous n'en sommes qu'au tome 2, et il va falloir attendre que sorte le 3ème.

A noter aussi les dessins de couverture magnifiques commis par Lou Doillon, et, info people, je ne savais pas que Samuel Benchetrit avait eu une relation avec Marie Trintignant avant Bertrand Cantat. Comme quoi, la littérature mène à tout, même aux potins! ;-)



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